Retraite du proche aidant : ne perdez pas de trimestres

Aider un proche, c’est souvent réduire ou suspendre son activité — et donc cotiser moins pour sa retraite. Sur une carrière, ces mois d’aide peuvent creuser un vrai trou : des trimestres en moins, une pension amputée. Sauf que des dispositifs existent précisément pour éviter que ces années soient perdues. Voici les deux principaux, et comment les activer.

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Le vrai risque : des trimestres qui manquent à l’appel

Votre retraite de base dépend du nombre de trimestres validés au fil de la carrière. Quand vous passez à temps partiel ou que vous vous arrêtez pour aider un proche, vous cotisez moins — voire plus du tout pendant un congé. Sans filet, ces périodes ne comptent pas. L’enjeu n’est pas mince : quelques trimestres manquants peuvent retarder votre départ ou réduire votre pension. D’où l’intérêt de connaître les deux mécanismes ci-dessous.

L’AVA : cotiser à la retraite… sans payer

L’assurance vieillesse des aidants (AVA) est le dispositif créé par la réforme des retraites de 2023. Son principe : pendant que vous réduisez ou cessez votre activité pour aider un proche, vous continuez à valider des trimestres de retraite de base, et ce sont la CAF ou la MSA qui prennent en charge les cotisations à votre place. Autrement dit : vos trimestres continuent de tourner, gratuitement.

Qui peut en bénéficier ? Pour l’aide à une personne en perte d’autonomie ou en situation de handicap, il faut notamment que la personne aidée soit bénéficiaire de l’APA (GIR 1 à 4) ou reconnue avec un taux d’incapacité d’au moins 80 %. Depuis 2023, deux verrous ont sauté : plus besoin d’un lien de parenté, ni de vivre avec la personne aidée. Une condition de ressources s’applique toutefois à l’aidant : vos revenus doivent rester inférieurs à 63 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit environ 30 300 € par an en 2026.

Comment l’obtenir ? Si vous percevez déjà l’AJPA (ou l’AJPP pour un enfant handicapé), l’affiliation est automatique. Dans les autres cas, elle se fait sur demande auprès de la CAF ou de la MSA, avec les justificatifs (attestation APA ou reconnaissance du handicap, preuve de l’aide, déclaration de ressources).

La majoration de trimestres : jusqu’à 8 de plus

Deuxième levier, distinct de l’AVA — et qui peut s’y ajouter : la majoration de durée d’assurance des aidants (article L.351-4-2 du Code de la sécurité sociale). Elle ajoute des trimestres à votre carrière quand vous avez pris en charge, de façon effective, un adulte handicapé dont le taux d’incapacité atteint au moins 80 %.

La règle est simple : 1 trimestre pour chaque période de 30 mois de prise en charge, dans la limite de 8 trimestres au total. Ces trimestres s’ajoutent sans que vous ayez à cotiser : c’est une reconnaissance de l’engagement d’aidant, directement transformée en droits retraite.

Attention, cette majoration est plus exigeante que l’AVA. Elle suppose un lien familial avec la personne aidée (conjoint, ascendant, descendant, ou parent jusqu’au 4ᵉ degré) et une prise en charge à domicile, sous le même toit. Là où l’AVA s’est ouverte aux aidants sans lien de parenté, la majoration, elle, reste réservée au cercle familial vivant avec la personne aidée.

Et le congé de proche aidant ?

Bonne nouvelle : la période de congé de proche aidant n’est pas un trou noir pour votre retraite. Elle est prise en compte pour votre ancienneté dans l’entreprise, et elle peut être couverte par l’AVA pour la validation de vos trimestres. Le congé lui-même est détaillé ici → le congé de proche aidant, et son volet indemnisation ici → l’AJPA. Ce volet retraite fait partie de notre dossier complet → Salariés aidants.

Le bon réflexe : vérifier ses droits

Ces dispositifs ne sont utiles que si vous les activez. Deux gestes concrets : demandez votre relevé de carrière (sur votre compte à l’Assurance retraite) pour repérer d’éventuels trimestres manquants, et signalez votre situation d’aidant à la CAF/MSA et à votre caisse de retraite. Mieux vaut le faire au fil de l’eau que découvrir le manque au moment du départ.

En bref

  • Le risque ? Réduire son activité pour aider = moins de trimestres, donc une retraite potentiellement amputée.
  • L’AVA ? Vos trimestres continuent d’être validés, cotisations prises en charge par la CAF/MSA. Automatique si vous touchez l’AJPA, sinon sur demande.
  • Qui ? Aide à un proche bénéficiaire de l’APA (GIR 1-4) ou handicapé (≥ 80 %) ; plus besoin de lien de parenté ni de cohabitation depuis 2023 (sous condition de ressources).
  • La majoration ? Jusqu’à 8 trimestres en plus (1 par période de 30 mois d’aide à un adulte handicapé de votre famille, sous votre toit) — un levier distinct de l’AVA, qui peut s’y ajouter.
  • Le bon réflexe ? Vérifier son relevé de carrière et signaler sa situation d’aidant.

Information générale : ce décryptage ne remplace pas un conseil personnalisé. Les règles peuvent varier selon votre situation ; les montants et seuils sont réévalués régulièrement.

Sources : Code de la sécurité sociale — majoration de durée d’assurance des aidants (L.351-4-2) ; assurance vieillesse des aidants (AVA), réforme des retraites 2023 ; Assurance retraite (lassuranceretraite.fr) ; pour-les-personnes-agees.gouv.fr et monparcourshandicap.gouv.fr ; PASS 2026 (service-public.fr).

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