Un SMS ou un e-mail peut suffire à former une promesse d’embauche — mais pas toujours de la même façon selon ce que vous avez écrit. Cette nuance change complètement ce que vous risquez si vous devez revenir en arrière.
⭐ Le saviez-vous ?
Un candidat vous convainc en entretien. Le soir même, vous lui envoyez un SMS : « Suite à notre échange, c’est confirmé : le poste est pour vous, 2 200 € brut, prise de poste lundi prochain. Je vous envoie le contrat dans la semaine. » Deux jours plus tard, un imprévu budgétaire vous fait changer d’avis. Vous appelez pour annuler : rien n’est signé, donc rien ne vous engage.
Faux, ou pas — tout dépend de ce que vous avez écrit. Ce SMS, même informel, peut déjà constituer une promesse d’embauche, et vous engager presque autant qu’un contrat en cours.
Offre ou promesse d’embauche : deux régimes bien différents
Depuis un revirement de jurisprudence de 2017, la Cour de cassation distingue nettement deux situations, reprises du droit commun des contrats.
L’offre de contrat de travail est une proposition ferme et précise (poste, rémunération, date d’entrée) qui exprime votre volonté d’être lié si le candidat l’accepte. Vous pouvez la retirer librement tant qu’elle n’est pas parvenue au candidat. Une fois reçue, elle ne peut plus être retirée avant le délai que vous avez fixé — ou, à défaut, avant l’expiration d’un délai raisonnable.
La promesse unilatérale de contrat de travail va plus loin : c’est un engagement par lequel vous accordez au candidat le droit d’accepter ou non un poste dont tous les éléments essentiels sont déjà arrêtés. Ici, la nuance est cruciale : votre rétractation pendant le délai laissé au candidat pour se décider n’empêche pas la formation du contrat de travail s’il accepte malgré tout.
La Cour de cassation a posé cette distinction dans deux arrêts de principe rendus le même jour, Cass. soc. 21 septembre 2017, n° 16-20.103 et n° 16-20.104 (tous deux publiés au bulletin) : un club de rugby avait adressé une proposition de contrat à un joueur, s’était rétracté avant que celui-ci ne la retourne signée, et la Cour a jugé qu’il s’agissait d’une offre valablement retirée — pas d’un contrat déjà formé — précisément parce que l’acte ne constatait pas de droit d’option accordé au joueur. Ces arrêts ont mis fin à une jurisprudence plus ancienne, qui traitait presque toute promesse précise comme un contrat de travail immédiatement conclu.
Ce principe reste appliqué aujourd’hui : dans un arrêt plus récent, Cass. soc. 13 avril 2022, n° 20-22.454, la Cour de cassation a de nouveau écarté la promesse d’embauche dès lors qu’un élément essentiel — ici la part variable de la rémunération — restait encore en discussion entre les parties au moment des faits. Autre enseignement pratique : tant qu’un point reste réellement à négocier, même un écrit détaillé ne suffit pas à former une promesse.
Ce que vous risquez si vous revenez en arrière
Les conséquences ne sont pas les mêmes selon que vous avez formulé une simple offre ou une véritable promesse d’embauche.
- Si c’était une simple offre, retirée après réception mais avant l’échéance du délai : le juge peut vous condamner à verser des dommages et intérêts pour le préjudice causé au candidat — mais pas l’équivalent du salaire perdu. La loi exclut explicitement d’indemniser la perte des avantages attendus du contrat qui, lui, ne s’est jamais formé.
- Si c’était une promesse unilatérale ferme — poste, rémunération, date d’entrée arrêtés, ET un droit de choisir explicitement laissé au candidat (un délai de réflexion, une formule du type « dites-moi avant le [date] si vous confirmez ») : le non-respect de cette promesse est assimilé à un licenciement injustifié, que le candidat peut contester devant le conseil de prud’hommes — en plus des dommages et intérêts pour le préjudice subi.
Autrement dit : une offre mal retirée coûte cher ; une promesse ferme non tenue peut coûter le prix d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse, alors même que le candidat n’a jamais mis un pied dans l’entreprise.
Ce qu’il faut faire
- Tant qu’un point n’est pas définitivement arrêté (budget, poste, date), ne formulez rien qui ressemble à un engagement ferme — la forme (SMS, e-mail, oral) ne protège pas : seul compte le contenu.
- Utilisez systématiquement une formule au conditionnel ou sous réserve — « sous réserve de confirmation budgétaire », « je reviens vers vous d’ici le… » — tant que vous n’êtes pas certain de vouloir vous engager.
- Si vous devez retirer une simple offre, faites-le avant l’expiration du délai que vous avez vous-même fixé, ou sans tarder si vous n’en avez fixé aucun : le risque reste limité, mais il existe.
- Le point qui fait vraiment basculer une offre ferme en promesse d’embauche, ce n’est pas seulement l’absence de réserve : c’est le fait de laisser explicitement au candidat un droit de choisir — un délai de réflexion, une formule du type « dites-moi avant le [date] si vous confirmez ». Si c’est le cas, traitez ce message comme un engagement réel : le retirer n’est plus un simple différend précontractuel, c’est un contentieux de licenciement.
- Conservez une trace écrite de la date d’envoi et du contenu exact de votre message : c’est elle qui déterminera, en cas de litige, si vous étiez sur le terrain de l’offre ou de la promesse. Pour visualiser la scène en pratique, notre planche BD sur la promesse d’embauche met en images ce même dirigeant, ce même SMS de trop.
⚖️ Le quiz en pratique
La situation : dans votre TPE, vous envoyez un SMS à un candidat : « C’est confirmé, le poste est pour vous : 2 200 € brut, prise de poste lundi prochain. » Deux jours plus tard, vous annulez par téléphone, sans autre explication. Pouvez-vous considérer que vous n’avez rien à craindre, puisque rien n’était signé ?
Réponse : ce n’est pas aussi tranché qu’il y paraît — et c’est justement le piège. Votre SMS contient les éléments essentiels du poste — fonction, rémunération, date d’entrée — formulés sans aucune réserve : c’est au minimum une offre de contrat de travail, dont le retrait engage votre responsabilité (dommages et intérêts pour le préjudice causé, mais pas l’équivalent du salaire perdu).
Pour basculer en promesse unilatérale — et risquer un contentieux traité comme un licenciement injustifié — il faudrait, en plus, que le message ait explicitement laissé au candidat un délai ou un droit de choisir, ce qui n’est pas écrit ici. Dans le doute, la seule attitude prudente reste la même : ne vous rétractez jamais sur un message aussi ferme sans avoir mesuré ce risque, quelle que soit la qualification qu’un juge retiendrait au final. Un SMS engage exactement comme un écrit signé, dès lors que son contenu est ferme et précis.
Qui a dit que le droit social était facile à comprendre ?
Information générale : ce décryptage ne remplace pas un conseil personnalisé adapté à votre situation.
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