
Un conjoint qui « donne un coup de main » dans l’entreprise pendant des années, puis une séparation, et la question qui fâche : pouvait-il être reconnu conjoint salarié ? La Cour de cassation vient de lever un obstacle de taille — le fameux lien de subordination.
⚖️ Jurisprudence décryptée — Cour de cassation, 25 mars 2026, n° 24-22.660
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Décision commentée : Cass. soc., 25 mars 2026, n° 24-22.660 (FS-B). Texte intégral consulté à la source (Légifrance). Article relu juridiquement avant publication. Notre méthode
L’histoire
Un couple, marié de longue date. L’un exerce une profession libérale — ici, chirurgien-dentiste — au sein de sa propre société. L’autre travaille à ses côtés, dans le cabinet, pendant des années. Sans contrat, sans bulletin de paie : « on est mariés, on s’entraide ».
Puis le couple se sépare. L’épouse saisit alors les prud’hommes pour faire reconnaître qu’elle était, en réalité, salariée de la société jusqu’à la séparation.
La cour d’appel la déboute. Son raisonnement : puisque l’entreprise est une société dirigée par l’époux, l’épouse devait prouver qu’elle travaillait sous ses ordres — un lien de subordination. Faute de le démontrer, pas de contrat de travail. Elle se pourvoit en cassation.
Ce qu’a tranché la justice
Le 25 mars 2026, la Cour de cassation casse cette décision.
Pour reconnaître le statut de conjoint salarié, il n’est pas nécessaire de prouver un lien de subordination — et cela reste vrai même lorsque l’entreprise est une société dirigée par l’époux. La cour d’appel a donc posé une exigence que la loi ne prévoit pas.
⚠️ Attention à ne pas aller trop vite : la Cour ne dit pas que l’épouse était salariée. Elle dit que les juges se sont trompés en réclamant une preuve de subordination. L’affaire repart devant une autre cour d’appel, qui réexaminera le fond.
Conjoint salarié : la règle en clair
D’ordinaire, être salarié suppose un lien de subordination : recevoir des consignes, être contrôlé, sanctionné. C’est le cœur du contrat de travail classique.
Mais il existe un régime particulier pour le conjoint du chef d’entreprise. Le conjoint qui participe de manière régulière et professionnelle à l’activité de l’entreprise — artisanale, commerciale ou libérale — peut opter pour le statut de conjoint salarié. Et là, la subordination n’a pas à être démontrée. Ce qui compte, c’est que l’activité aille au-delà de la simple entraide entre époux : un travail réel, habituel, pas un coup de main occasionnel.
L’apport de l’arrêt est de dire clairement que cette règle vaut aussi quand l’entreprise est une société dont le conjoint est le dirigeant. Le fait de passer par une société ne change rien : on ne peut pas, pour cette seule raison, exiger la preuve d’un lien de subordination.
Ce que ça change pour vous
Si vous êtes chef d’entreprise et que votre conjoint travaille régulièrement à vos côtés, ne vous fiez pas au « c’est juste de l’entraide ». Depuis 2019, vous êtes tenu de déclarer le statut de votre conjoint qui exerce une activité régulière dans l’entreprise : collaborateur, salarié ou associé. Et attention : à défaut de déclaration, la loi considère d’office votre conjoint comme conjoint salarié. Le risque devient alors très concret : un contrôle qui réclame des cotisations, ou — comme dans cette affaire — une demande de reconnaissance de contrat de travail des années plus tard, souvent au moment d’une séparation. Et pour l’écarter, vous ne pourrez plus vous retrancher derrière l’absence de subordination. Sur les formalités à ne pas manquer quand on intègre quelqu’un dans l’entreprise, voyez aussi notre décryptage DPAE, contrat, registre : dans quel ordre embaucher — la déclaration du statut du conjoint, elle, suit une voie qui lui est propre.
Si vous êtes le conjoint qui travaille dans l’entreprise, votre activité régulière peut ouvrir de vrais droits. Vous n’avez pas à prouver que vous receviez des ordres pour prétendre au statut de conjoint salarié. Encore faut-il que votre participation soit réelle et habituelle, pas une aide ponctuelle.
Le réflexe à retenir
- Un conjoint qui travaille régulièrement dans l’entreprise doit avoir un statut déclaré (collaborateur, salarié ou associé) — c’est une obligation depuis 2019.
- Pour le statut de conjoint salarié, pas besoin de prouver un lien de subordination — même dans une société dirigée par l’époux.
- L’entraide ponctuelle entre époux reste hors statut ; c’est l’activité régulière qui déclenche l’obligation.
- Régularisez tôt : le contentieux surgit presque toujours au pire moment — une séparation, un contrôle.
⚖️ Le quiz en pratique
La situation : votre conjoint travaille depuis des années dans votre cabinet, exploité en société. Aucun contrat. Vous vous séparez, et il demande à être reconnu salarié. Peut-il y arriver sans prouver qu’il travaillait sous vos ordres ?
Réponse : oui, c’est possible. Pour le statut de conjoint salarié, le lien de subordination n’est pas exigé — y compris quand l’entreprise est une société dirigée par l’époux. Mais ce n’est pas automatique : il faut une activité régulière et professionnelle, au-delà de la simple entraide entre époux. C’est sur ces conditions que se jouera la reconnaissance.
Qui a dit que le droit social était facile à comprendre ?
Sources
- Cour de cassation, chambre sociale, 25 mars 2026, n° 24-22.660 — Légifrance
- Article L. 121-4 du code de commerce — Légifrance
- Travailler avec votre conjoint : les trois statuts et l’obligation de déclaration — Urssaf
Information générale : ce décryptage ne remplace pas un conseil personnalisé adapté à votre situation.
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