
En bref
- Passé trente jours d’arrêt pour maladie ou accident, un rendez-vous de liaison peut être organisé à l’initiative de l’employeur ou du salarié : une rencontre pendant l’arrêt, associant le service de prévention et de santé au travail, pour informer le salarié des dispositifs qui peuvent l’aider à reprendre le travail ou à garder son emploi.
- L’employeur n’est pas tenu de proposer lui-même un rendez-vous de liaison, mais il doit informer le salarié en arrêt depuis plus de trente jours qu’il peut en demander un, et la demande du salarié suffit à le déclencher.
- Le rendez-vous de liaison n’a pas pour objet d’examiner le salarié ni de le faire travailler : il sert à lui présenter les dispositifs qui peuvent préparer son retour ou préserver son emploi, comme la visite de préreprise ou l’essai encadré.
- Un salarié peut refuser de se rendre au rendez-vous de liaison : la loi prévoit qu’aucune conséquence ne peut être tirée de ce refus.
Fin septembre. Voilà plus de cinq semaines que Karim, votre mécanicien, n’a pas remis les pieds à l’atelier. Les avis de prolongation arrivent l’un après l’autre. Votre chef d’atelier vous pose la question du matin : « On sait quand il revient ? »
Vous n’en savez rien. Et vous n’osez pas l’appeler. Un salarié en arrêt, on le laisse tranquille : c’est ce qu’on vous a toujours dit.
Le laisser tranquille, c’est juste sur un point décisif : vous ne pouvez pas lui demander de travailler — nous l’avons expliqué dans l’épisode consacré au contact pendant l’arrêt. Mais la loi n’impose pas le silence. L’arrêt de Karim a commencé le 20 août 2026 : depuis le 19 septembre, il dépasse trente jours. Depuis cette date, un cadre est ouvert pour le rencontrer pendant son arrêt et l’informer de ce qui peut l’aider : le rendez-vous de liaison. Et, même si vous ne proposez rien, la loi vous oblige à dire à Karim qu’il peut le demander — et, s’il le demande, à l’organiser.
Dans cet article
Le rendez-vous de liaison, c’est quoi exactement ?
Concrètement, c’est une rencontre, pendant l’arrêt, entre vous et Karim, à laquelle est associé votre service de prévention et de santé au travail — ce qu’on appelle couramment la médecine du travail. On n’y parle pas des voitures en attente au garage. On y parle de ce qui existe pour l’aider à revenir, ou à garder son emploi.
Le dispositif a été créé par la loi du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail. Le vocabulaire officiel parle de « prévention de la désinsertion professionnelle ». Dit simplement : éviter qu’un problème de santé ne finisse, faute d’avoir été anticipé, en perte d’emploi.
Vous le trouverez aussi sous le nom d’« entretien de liaison » ; le Code du travail, lui, parle de rendez-vous.
Ce que ce rendez-vous n’est pas
- Ce n’est pas une visite médicale. Les textes lui donnent pour objet d’informer votre salarié, pas de l’examiner ni de se prononcer sur son aptitude.
- Ce n’est pas une contre-visite. Il ne sert pas à vérifier que l’arrêt est justifié. Ce contrôle existe, mais il relève d’un autre dispositif.
- Ce n’est pas une reprise. Le contrat reste suspendu. Votre salarié ne travaille pas, et vous ne pouvez rien lui demander qui ressemble à du travail.
- Ce n’est pas un entretien d’évaluation, ni une réunion de travail.
La frontière tient en une phrase : proposer un rendez-vous de liaison, c’est permis ; demander à un salarié en arrêt de travailler, ce ne l’est pas.
Qui est autour de la table
Vous, votre salarié, et le service de prévention et de santé au travail, que la loi associe au rendez-vous. Les professionnels de ce service — médecin du travail, infirmier, intervenant en prévention — y participent en fonction des besoins : leur présence n’est pas fixée à l’avance par les textes.
Pour les entreprises de 250 salariés et plus, un interlocuteur supplémentaire peut s’ajouter : le référent handicap. Il participe au rendez-vous de liaison si le salarié le demande, et il est alors tenu à la discrétion sur ce qu’il y apprend.
Bon à savoir côté budget, si votre entreprise adhère à un service de prévention et de santé au travail interentreprises plutôt que de disposer de son propre service : la prévention de la désinsertion professionnelle fait partie de l’« ensemble socle » de services qu’il doit fournir à tous ses adhérents, et le texte qui en fixe le contenu cite le rendez-vous de liaison parmi les moments où une situation peut lui être signalée. Cet ensemble socle est financé par votre cotisation ; les services complémentaires, eux, sont facturés à part.
Trente jours, et qui prend l’initiative
Le seuil : un arrêt de plus de trente jours
Le rendez-vous de liaison devient possible lorsque l’absence pour maladie ou accident, justifiée par un arrêt médical, dépasse trente jours. Le seuil a été fixé par un décret du 16 mars 2022, entré en vigueur le 31 mars 2022.
Reprenons l’exemple de Karim. Son arrêt a commencé le 20 août 2026. Le 18 septembre, il atteignait trente jours. Depuis le 19 septembre, il les dépasse : le rendez-vous de liaison peut être organisé.
Le texte parle d’absence liée à une maladie ou à un accident, sans distinguer selon l’origine. Un arrêt consécutif à un accident du travail est donc concerné au même titre qu’un arrêt pour maladie ordinaire.
Vous, ou lui
La loi est explicite : le rendez-vous de liaison « est organisé à l’initiative de l’employeur ou du salarié ».
De votre côté, c’est une faculté : rien ne vous oblige à le proposer de vous-même, pour chaque arrêt qui dépasse trente jours.
Du côté du salarié, c’est différent. Le texte ne dit pas qu’il peut « suggérer » un rendez-vous : il dit que le rendez-vous est organisé à son initiative. Si votre salarié le demande, vous l’organisez. Autrement, lui reconnaître l’initiative n’aurait aucun sens.
L’obligation qui vous concerne dans tous les cas : informer votre salarié
Le texte est clair sur un point : l’employeur informe le salarié qu’il peut solliciter l’organisation de ce rendez-vous.
C’est la partie du dispositif qui vous engage, que vous preniez l’initiative ou non. Vous pouvez ne pas proposer vous-même de rendez-vous de liaison ; vous devez en revanche faire savoir à votre salarié en arrêt long qu’il a le droit d’en demander un.
Le texte ne précise ni le moment, ni la forme de cette information, et il ne prévoit pas de sanction propre. Deux raisons, pourtant, de ne pas la traiter à la légère :
- c’est un contact que la loi prévoit expressément pendant l’arrêt, et il ouvre la porte à tout le reste du dispositif ;
- une information donnée par écrit, datée, est une information que vous pourrez prouver. Une phrase glissée au téléphone ne l’est pas.
Notre recommandation pratique : un courrier ou un courriel simple, envoyé dès que l’arrêt dépasse trente jours, qui présente le rendez-vous de liaison, précise que le salarié est libre de le demander ou non, et rappelle qu’un refus n’aura aucune conséquence. S’il le demande, proposez-lui une date sans tarder.
Ce qui s’y dit, et ce qui ne s’y dit pas
La loi fixe l’objet du rendez-vous de liaison, et il est précis : informer le salarié des dispositifs dont il peut bénéficier pour préparer son retour ou préserver son emploi. Elle en cite trois familles.
Les actions de prévention de la désinsertion, dont l’essai encadré
Pendant l’arrêt, votre salarié peut, avec l’accord de son médecin traitant, suivre des actions de formation, ou des actions d’évaluation, d’accompagnement, d’information et de conseil auxquelles participe l’Assurance maladie, sans perdre ses indemnités journalières, si le médecin-conseil estime leur durée compatible avec celle de l’arrêt. La plus concrète pour un employeur est l’essai encadré.
Il permet au salarié, toujours en arrêt et toujours indemnisé, de tester un poste — dans votre entreprise ou dans une autre — pour vérifier qu’il est compatible avec son état de santé. Quelques repères :
- l’essai dure quatorze jours ouvrables au maximum, renouvelable dans la limite de vingt-huit jours ouvrables au total ;
- c’est le salarié qui le demande ; l’essai est mis en place après une évaluation de sa situation par le service social de l’Assurance maladie, avec l’accord de son médecin traitant, du médecin-conseil et du médecin du travail ;
- pendant l’essai, le salarié continue de percevoir ses indemnités journalières et, le cas échéant, le complément de salaire que vous lui versez déjà ; l’entreprise qui l’accueille ne lui verse aucune rémunération pour cet essai ;
- un tuteur le suit dans l’entreprise d’accueil et dresse un bilan à la fin, transmis notamment au médecin du travail.
Pour vous, l’intérêt est concret : lorsque l’essai se déroule dans votre entreprise, vous voyez, avant la fin de l’arrêt, si un poste peut convenir.
La visite de préreprise
C’est un examen par le médecin du travail, pendant l’arrêt, lorsque le retour du salarié à son poste est anticipé, pour préparer ce retour et étudier les aménagements dont il aurait besoin. Elle est possible, elle aussi, au-delà de trente jours d’arrêt.
Point important : vous ne pouvez pas la déclencher vous-même. Elle est demandée par le salarié, son médecin traitant, les services médicaux de l’Assurance maladie ou le médecin du travail. Mais, là encore, la loi vous oblige à informer votre salarié qu’il peut la solliciter. Le rendez-vous de liaison est le moment naturel pour le faire.
Les aménagements de poste
Le médecin du travail peut proposer, par écrit et après échange avec le salarié et avec vous, des mesures individuelles : adaptation du poste, transformation, aménagement du temps de travail. Le rendez-vous de liaison est l’occasion de faire savoir au salarié que ces solutions existent — et, pour vous, de commencer à réfléchir à ce qui est faisable dans votre organisation.
Ce qui n’a pas sa place dans ce rendez-vous
- Le diagnostic. Vous n’avez pas à le connaître, et l’objet du rendez-vous n’est pas là. Si votre salarié choisit d’en parler, c’est son choix — pas une question à poser.
- La pression sur une date de retour. Le rendez-vous sert à informer, pas à obtenir un engagement.
- Le travail. Aucune consigne, aucun dossier à reprendre, aucune tâche « juste pour dépanner ».
Si votre salarié refuse de venir
Votre salarié peut décliner le rendez-vous de liaison. La loi est sans ambiguïté : « aucune conséquence ne peut être tirée du refus par le salarié de se rendre à ce rendez-vous. »
Concrètement : pas de reproche, pas de mention dans un courrier ultérieur, pas d’argument dans une procédure. Un refus ne dit rien de sa loyauté ni de sa volonté de revenir. Il peut simplement ne pas être en état, ou ne pas en voir l’intérêt à ce stade.
Si le salarié refuse, votre obligation d’information, elle, a été remplie — à condition de pouvoir le montrer. C’est une raison de plus pour l’écrire. Et rien ne vous empêche de lui rappeler, plus tard dans l’arrêt, que la proposition reste ouverte, sans insistance.
Liaison, préreprise, reprise : trois étapes à ne pas confondre
Le rendez-vous de liaison est l’une des trois étapes qui peuvent jalonner un arrêt long et le retour du salarié. Les confondre fait perdre du temps, et parfois des droits.
- Le rendez-vous de liaison, au-delà de trente jours d’arrêt : une rencontre d’information, à votre initiative ou à celle du salarié, sans examen médical.
- La visite de préreprise, au-delà de trente jours d’arrêt : un examen par le médecin du travail pendant l’arrêt, que vous ne pouvez pas déclencher, mais dont vous devez signaler l’existence.
- La visite de reprise, au retour du salarié : obligatoire notamment après une absence d’au moins soixante jours pour maladie ou accident non professionnel, ou d’au moins trente jours pour accident du travail. Dès que vous connaissez la date de fin de l’arrêt, c’est à vous de saisir le service de prévention et de santé au travail, qui organise l’examen le jour de la reprise et au plus tard dans les huit jours. Pour les arrêts délivrés depuis le 15 juin 2026, elle n’est plus requise si une visite de préreprise a eu lieu dans les trente jours précédant la reprise et que le médecin du travail n’y a jugé aucun aménagement nécessaire — sauf si le médecin du travail, vous ou le salarié la demandez. Nous l’avons détaillée dans notre décryptage sur la visite de reprise.
Pour l’argent — qui paie pendant l’arrêt, et jusqu’à quand —, voyez notre décryptage sur le maintien de salaire en arrêt maladie.
Ce qu’il faut faire
- Repérez la date à laquelle chaque arrêt dépasse trente jours. Notez-la dans votre suivi, prolongations comprises.
- Informez votre salarié par écrit, dès ce seuil franchi, qu’il peut demander un rendez-vous de liaison — et, dans le même courrier, qu’il peut solliciter une visite de préreprise. Gardez une copie datée.
- S’il demande le rendez-vous, organisez-le. La loi lui en donne l’initiative.
- Précisez qu’un refus n’aura aucune conséquence. C’est la loi, et le dire désamorce la méfiance.
- Contactez votre service de prévention et de santé au travail si vous proposez un rendez-vous : il est associé au dispositif et doit pouvoir y participer selon les besoins.
- Préparez le rendez-vous comme une réunion d’information, pas comme un entretien : les dispositifs d’aide, l’essai encadré, les aménagements possibles.
- Ne demandez ni diagnostic, ni date de retour, ni travail.
- Anticipez la visite de reprise : dès que la date de fin de l’arrêt vous est connue, saisissez le service de prévention et de santé au travail — sauf si une visite de préreprise, dans les trente jours précédant la reprise, a conclu qu’aucun aménagement n’était nécessaire. Dans le doute, demandez-la.
Questions fréquentes
Le rendez-vous de liaison est-il obligatoire pour l’employeur ?
Pas de sa propre initiative : le Code du travail n’oblige pas l’employeur à proposer lui-même un rendez-vous de liaison. Il l’oblige en revanche à informer le salarié en arrêt qu’il peut le demander, et il prévoit que le rendez-vous est organisé à l’initiative de l’employeur ou du salarié : la demande du salarié suffit donc à le déclencher. Une information écrite et datée permet de prouver que l’obligation d’information a été remplie.
Un salarié en arrêt pour accident du travail peut-il bénéficier d’un rendez-vous de liaison ?
Oui. Le texte qui crée le rendez-vous de liaison vise l’absence justifiée par une incapacité résultant d’une maladie ou d’un accident, sans distinguer selon que l’accident est professionnel ou non. Un salarié en arrêt de plus de trente jours après un accident du travail peut donc demander un rendez-vous de liaison, et l’employeur peut le lui proposer.
Peut-on organiser un rendez-vous de liaison pendant un arrêt de moins de trente jours ?
Non, pas dans le cadre prévu par le Code du travail. Le rendez-vous de liaison est ouvert aux arrêts de travail d’une durée supérieure à trente jours, seuil fixé par décret. Pendant un arrêt plus court, le contrat de travail est suspendu et l’employeur ne peut pas demander au salarié de travailler ; le Code du travail ne prévoit pas, avant ce seuil, de rencontre organisée avec le service de prévention et de santé au travail.
Faut-il rédiger un compte rendu du rendez-vous de liaison ?
Les textes qui organisent le rendez-vous de liaison n’imposent aucun compte rendu. L’employeur peut toutefois conserver une trace de la date du rendez-vous, des participants et des dispositifs présentés au salarié, sans y consigner d’information sur son état de santé. L’essentiel à documenter reste l’information préalable du salarié sur son droit à demander ce rendez-vous.
Le référent handicap peut-il participer au rendez-vous de liaison ?
Oui, à la demande du salarié. Dans les entreprises d’au moins deux cent cinquante salariés, qui doivent désigner un référent chargé d’accompagner les personnes en situation de handicap, ce référent participe au rendez-vous de liaison si le salarié concerné le demande. Il est alors tenu à une obligation de discrétion sur les informations personnelles qu’il y apprend.
Qui a dit que le droit social était facile à comprendre ?
Information générale — ne remplace pas un conseil personnalisé adapté à votre situation.
🎲 Le jeu du numéro — testez vos réflexes sur le retour après un arrêt : le parcours du retour, en 7 étapes et 6 pièges.
Comment cet article a été vérifié
Textes de référence : art. L. 1226-1-3, D. 1226-8-1, L. 4624-2-4 et R. 4624-31 du Code du travail ; art. L. 323-3-1 du Code de la sécurité sociale ; décret n° 2022-373 du 16 mars 2022 ; décret n° 2026-503 du 12 juin 2026. Texte intégral consulté à la source (Légifrance). Article relu juridiquement avant publication. Notre méthode
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